L’éthique clinique, arme de réconciliation et de paix avec nous-mêmes et les autres au service de la médecine de la violence ?

Sandrine Tinland le 29 juin 2020

Auteurs : Dr E. Escard, Mme C. Pereira

L’intérêt des médecins pour la recherche des causes et circonstances des violences existe de longue date, comme en témoignent des écrits sur l’activité de médecins légistes en Chine dès le 10è siècle après JC. C’est à partir du 19è siècle que des études se sont développées avec des médecins anthropologues, psychiatres criminels puis des psychanalystes, et à la 2è moitié du 20è siècle des pédiatres, radiologues, gynécologues, psychiatres, gériatres etc en parallèle au développement des différents courants de la victimologie.

La médecine de la violence est un concept récent dans le monde francophone, qui va bien au-delà de la médecine légale, de la victimologie, de la médecine pénitentiaire, et qui s’adresse aux professionnels de la santé confrontés au quotidien aux violences subies et agies par les personnes, institutions, systèmes et sociétés, et à leurs effets sur la santé au sens large à court, moyen et long terme.

La 1ère consultation dédiée en Suisse (la « CIMPV ») est née à Genève en 1997 aux Hôpitaux Universitaires de Genève, dans un contexte où l’OMS qualifiait les violences de problème majeur de santé publique, avec dans les années suivantes des articles et ouvrages décrivant son activité. Le 1er livre médical écrit sur la médecine de la violence date de 2006 (Pr Baccino, Service universitaire de médecine légale de Montpellier, France). De nombreuses ressources décrivent les aspects médico-légaux des prises en charge, et le traitement des psychotraumatismes des personnes victimes et auteurs de violences surtout par les psychiatres et psychologues-psychothérapeutes. Il y a cependant peu de documents détaillant les ficelles éthiques du métier.

A Genève depuis plus de 20 ans, et comme les comportements violents sont d’origine multifactorielle et éclairés par différentes disciplines, il a été pris le parti dès le départ d’adopter une approche interdisciplinaire que les différents professionnels aguerris (médecins, infirmières, psychologues, assistante sociale…) qui ont composé ou composent l’Unité utilisent avec des évolutions permanentes de la pratique clinique qui comporte de nombreux enjeux.

Dans un précédent article nous avions précisé les modalités éthiques d’un exercice interdisciplinaire en faveur des personnes victimes et auteurs de violences interpersonnelles. A partir de notre pratique clinique du réel et d’un important travail d’échanges, de réflexions et de documentations, nous proposons donc de préciser les valeurs en jeu pour les praticiens dans le domaine des violences (notamment domestiques mais pas seulement), en lien avec des notions philosophiques et éthiques fondamentales qui nous guident dans l’appréhension et la compréhension des situations et l’aide apportée avec engagement et discernement.

A cet effet nous annonçons la naissance d’un projet spécifique (EPV-Ethics project on violence), interdisciplinaire de réflexions et ressources en éthique clinique dans le domaine des violences au sein de l’UIMPV et de notre Département de médecine de premier recours (et en collaboration souhaitée avec l’Institut Ethique Histoire Humanités et le Département de philosophie de l’UNIGE). Il aura comme dessein de produire des éclairages, des conseils, un guide avec les enjeux, des principes et adages pour les non-spécialistes du domaine pour prendre en charge de manière éthique les personnes confrontées aux violences et maltraitances, les aspects diagnostiques et thérapeutiques, mais aussi de détection et de prévention. Une trentaine de thèmes sont déjà identifiés, à approfondir en vue de débouchés cliniques pertinents. L’engagement éthique peut en effet être en soi thérapeutique en remettant du mouvement critique dans un système figé. Thinking outside the box… Yes we care…

Références :
Escard E, Rinaldi Baud I. Complexité, interdisciplinarité et éthique des soins
en médecine de la violence : principes d'une exception qui ne devrait pas l'être.
Forum médical suisse, 2015;96 (31-32):1107-1110
Malherbe JF, Courbat D, Pétel C, Salem G. Entre chaos et pur cristal.
Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratique de réseaux, 2010/1;44:13-26

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Publié par Sandrine Tinland

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