Confinement, santé mentale et violences intra-familiales

Sandrine Tinland le 15 avril 2020

Auteurs : Dr Emmanuel Escard, Dre Evangelia Sanida

Un confinement de la population peut être décrété en cas de guerre, de catastrophe, de risque nucléaire ou chimique. La quarantaine est plus spécifique et peut être définie comme l’isolement des personnes, durant un certain temps, en cas de maladie contagieuse, pour empêcher sa propagation. Durant la pandémie actuelle, la quarantaine est largement utilisée comme une stratégie pour protéger la santé publique. Bien qu’efficace contre la propagation du COVID-19 (en tout cas à court terme), elle a des conséquences au niveau psychologique.

Les facteurs de stress principaux durant la quarantaine sont la frustration et l’ennui. La routine quotidienne est interrompue. Les gens tournent en rond chez eux, alors qu’à l’extérieur tout est difficile et ils doivent se battre chaque jour avec la difficulté de se procurer des biens matériels de première nécessité, à accéder aux soins médicaux pour les traitements réguliers (comme par exemple la physiothérapie) et à plein d’autres services très utiles (garages, coiffeurs, bricolage, jardinage…). A cela s’ajoutent  la peur d’être contaminé ou de contaminer ses proches, l’insécurité financière, les informations contradictoires ou floues de la part des responsables. Plus la quarantaine dure, plus ces angoisses augmentent.

Les populations les plus fragiles aux conséquences de la quarantaine sont les personnes plus âgées ou qui souffrent de maladies chroniques, les enfants et les adolescents, les soignants de patients COVID 19, qui, entre autres, sont témoins de plusieurs décès en peu de temps, les patients psychiatriques et handicapés, et ceux qui souffrent d’abus de substances, car il est très facile de faire une rechute sous ces conditions. Il faut particulièrement mentionner qu’il y a des personnes stigmatisées pendant cette épidémie, notamment les personnes d’origine asiatique, le personnel de l’hôpital et des personnes qui ont récemment voyagé, qui peuvent être mises à l’écart par leurs proches.

Une multitude de recherches a montré que la quarantaine est associée à l’apparition des symptômes psychiatriques comme l’anxiété, l’irritabilité, l’insomnie, la baisse de l’humeur, les symptômes post-traumatiques et même les idées suicidaires. Le personnel soignant est particulièrement vulnérable à développer un état de stress posttraumatique. En Chine, une recherche qui a été menée sur un échantillon de la population générale en quarantaine a mis en évidence que 17% de la population présente des symptômes dépressifs, et presque 30% de la population, une anxiété sévère.

Pour contrebalancer les effets néfastes de la quarantaine au niveau psychologique, il faut instaurer une routine chez soi, avec des heures de sommeil et des repas réguliers et, si possible, faire une activité physique comme la marche, ou la gymnastique chez soi. D’ailleurs plusieurs coaches sportifs diffusent en ce moment leurs programmes d’exercice gratuitement, sur internet. Il est important d’avoir des provisions au niveau de la nourriture mais aussi du matériel pour faire des activités pour les petits et pour les grands.  Il faut garder l’exposition aux informations sur les réseaux sociaux et les médias au minimum, car le flux continu d’informations est anxiogène. En revanche, il faut rester en contact le plus possible avec ses proches, famille et amis, par téléphone ou internet.

Par rapport aux violences, la quarantaine en diminue certaines (violences de rue, viols non conjugaux, brigandage, violences au travail, scolaires…), mais par contre est un facteur de risque pour les violences conjugales et domestiques surtout quand d’autres facteurs de risque sont associés (promiscuité, difficultés économiques, troubles psychiatriques, antécédents de violence, très mauvaise entente conjugale préalable…), et pour les cyberviolences.

Elle a un effet important sur le couple conjugal et parental. Chez certains couples avec des ressources, on peut observer l’effet inverse, c’est-à-dire une diminution de l’animosité et une trêve, une coopération pour les besoins fondamentaux et les enfants, une prise de conscience de la chance qu’ils ont d’être ensemble ou à l’inverse qu’il faudra se séparer, divorcer après pour préserver leur santé et favoriser leur bien-être qui est précieux et prioritaire devant l’imprévu du destin. La quarantaine met aussi à l’épreuve les couples séparés géographiquement, les couples infidèles, les nouveaux couples…

L’appel à l’aide pour les personnes victimes confinées doit pouvoir passer par d’autres personnes ressources, par exemple le pharmacien, un commerçant, un voisin, un ilôtier, ou en envoyant des mails ou sms à une association référencée ou à des proches ou aux enseignants des enfants ou à son médecin etc. La fuite du domicile reste toujours possible pour se protéger, de même que les dépôts de plainte et les demandes de mesures d’éloignement.

Références :

Brooks S, Webster R, et al. The psychological impact of quarantine and how to reduce it : rapid review of evidence. The Lancet. 2020 ; Vol 395 : 912-920.

Wang C, Pan R, et al. Immediate psychological responses and associated factors during th initial stage of the 2019 Coronavirus disease epidemic among the general population in China. Int J Environ Res Public Health. 2020 ; 17 : 1729.

Xiang Y, Yang Y, et al. Timely mental health care for the 2019 novel coronavirus outbreak is urgently needed. The Lancet Psychiatry. 2020 ; Vol 7(3) : 228-229.

CoviCare24. 2020 ; Genève, HUG. Santé Mentale.

Site Etat de Genève- COVID- 19 et violences domestiques :
https://www.ge.ch/actualite/covid-10-violences-domestiques-reseau-prise-charge-20-03-2020

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Publié par Sandrine Tinland

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