Prendre soin des auteurs de violence ?

Floriano von Arx le 28 juin 2017

Le trfeu de signalisation pour piétonsaitement des sujets auteurs de violence dans une consultation hospitalière ambulatoire telle que l’UIMPV requiert un positionnement éthique éclairé de la part des professionnels de la santé intervenant dans ces situations, ainsi qu’une connaissance et compréhension suffisantes des déterminants systémiques à l’œuvre dans l’émergence d’actes d’agression chez un individu (facteurs individuels, familiaux et socioculturels).

Du point de vue de la littérature scientifique, il est acquis que les problématiques de violence agies sont à mettre en lien, le plus souvent, avec une atteinte – temporaire ou durable – de la santé (au sens où l’OMS l’entend – santé physique, psychique et sociale -) auprès de sujets auteurs d’actes d’agression. Le « médical » peut donc apporter une contribution au traitement de ces problématiques complexes, participant ainsi à la diminution des facteurs de risque de répétition d’actes de violence en améliorant l’état de santé de ces sujets ainsi que de leur entourage.

L’évaluation clinique d’un sujet auteur de violences, telle que nous la pratiquons à l’UIMPV, demande à caractériser la taxinomie des actes perpétrés (typologie, fréquence, gravité, intentionnalité,…), le contexte de survenue de ces actes (maltraitances familiales, violences en couple, violences interpersonnelles, organisées,…), les séquelles provoquées à la(aux) victime(s), le degré de reconnaissance (des faits, de sa conscience d’avoir commis ces faits, de sa propre responsabilité, de l’impact sur la victime), ainsi que les aspects de morbidité, principalement psychique – mais pas seulement -, pouvant accompagner/déclencher ces actes. Il est aussi important de mener une évaluation clinique des violences subies – dans le passé mais aussi dans le présent – et de leurs conséquences, ainsi que d’éventuels cycles interactionnels à transaction violente (par exemple en couple).

Le recours à la violence d’un patient doit pouvoir être entendu dans son double registre. A la fois dans sa dimension sociale, à savoir dans sa qualification d’acte répréhensible par la Loi, pouvant provoquer des conséquences dommageables pour les victimes ; à la fois comme une « tentative dysfonctionnelle » de régulation d’une difficulté interne, relationnelle et/ou sociale. C’est bien à ce niveau que les soins peuvent s’avérer opérants.

De ces faits, Il est nécessaire que l’investigation clinique se réalise en tenant compte des enjeux juridiques et légaux (pénal, civil, tutélaire) présents le plus souvent dans ces situations (demande sous injonction ou spontanée ? Demande de rapport médical/de pseudo-expertise ?). Les professionnels doivent pouvoir s’assurer de l’existence d’une réelle potentialité du travail de soins et d’un cadre le permettant, énoncé clairement.

Pour les professionnels, travailler avec des auteurs de violence signifie également faire preuve d’un positionnement éthique clair quant aux Lois interdisant le recours à la violence, en même temps qu’il est nécessaire de développer une capacité d’empathie pour ces sujets afin de leur apporter de l’aide. Autrement dit, le soignant doit pouvoir « séparer la personne de son acte » tout en promulguant une clinique de la responsabilisation subjective.

Cet exercice peut être rendu difficile par les récits traumatiques auxquels les soignants sont confrontés, par les « contre-attitudes » que cela peut provoquer (conflits éthiques), mais aussi par le fait que le travail en ambulatoire avec des sujets auteurs de violence implique de travailler dans une « zone de risque » (de répétition de violences).

Il est donc souhaitable, voire indiqué, que ces prises en charge se déroulent en équipe et au sein d’une institution garantissant un cadre de prise en charge auquel le professionnel fera appel (tiercisation) en cas de difficultés. Aussi, la formation et la supervision du travail sont des pré-requis fondamentaux pour mener ces interventions dans une sécurité suffisante.

Pour terminer, rappelons-nous que la modestie et le sens de la limite doivent faire partie de ces prises en charge, les soins n’étant qu’une possible réponse parmi – et avec – d’autres visant à réguler socialement et culturellement la manifestation brute de la violence humaine.

 

Floriano von Arx – Psychologue-Psychothérapeute FSP

Référence

  1. Ciavaldini A., Meurtrissure primaire de la symbolisation, affect inachevé et agir violent sexuel, Formes primaires de symbolisation, in Inconscient et Culture, 2014
  2. Halpérin D.S., Bron G.. Médecine et violence: Un profil de santé comparé entre victimes, agresseurs et victimes-agresseurs. Revue francophone du stress et du trauma, 2007, vol. 7, no2, pp. 97-105
  3. Cirillo S. : Mauvais parents : Comment leur venir en aide, 2007

Publié par Floriano von Arx

Un commentaire

  1. Mastropaolo Franco 18 juillet 2017 à 16 h 26 min

    Merci beaucoup ! Très intéressant, trop souvent on pense aux victimes et on oublie la nécessité d’accompagnement et/ou traitement des auteurs. Je me permets de partager.

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