L’auto-défense : une philosophie acceptable ?

Sandrine Tinland le 5 juillet 2018

Auteur : E. Escard

Les capacités d’auto-défense sont différentes en fonction des individus, notamment en rapport avec leur statut, leurs ressources financières, leur accès aux armes ou à une protection de qualité (y compris politique et juridique).

Le droit pour chaque citoyen de se préserver est un droit fondamental, inscrit dans le contrat social, et devant le plus souvent  passer par les institutions de l’Etat (fonction de la police et de la justice). Dans certains pays le droit à la défense par les armes ou les arts martiaux est reconnu contre les ennemis de la nation, comme aux USA ou en Israël. La sphère civile doit alors se préparer à un espace continu de violences permanentes, imminentes, avec la possibilité d’attaquer pour inactiver la menace.

Dans notre pratique clinique, que reste-t-il aux victimes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas porter plainte, ou à celles qui sont déçues par les résultats des procédures judiciaires ? Souvent leur colère s’exprime par des idées de vengeance contre une personne ou un groupe de personnes avec certaines caractéristiques. Il n’est pas rare que des (femmes) victimes souhaitent s’inscrire à un sport de combat ou à un club de tir, ou tout faire pour signaler ou décrédibiliser l’auteur aux yeux de ses proches, d’un quartier etc.

Ces actes de contestation d’une injustice réelle ou ressentie ont toujours existé. Ces victimes sont-elles des agents de violence ou des sujets en situation d’infériorité en droit de se défendre ?

Il est encore d’actualité que dans nos sociétés qui restent somme toute inégalitaires, ne rien faire suite à une injustice n’aide pas les victimes et il pourrait être thérapeutique dans l’absolu qu’elles désapprennent à ne pas se battre, contre la honte d’être une victime passive, pour restaurer des valeurs de vie et assurer un juste besoin de sécurité qui a été perdu. La non-violence peut être un interdit désarmant comme dirait Malcolm X…

Des victimes préféreront s’engager dans des formes de combat autorisées (la musique, la religion, le militantisme, le sport…). Certaines dans une « thanato-éthique » préféreront se perdre dans l’auto ou l’hétéro-agressivité, à l’image des victimes du ghetto de Varsovie pour qui « qui meurt en être humain ne périt pas en vain », dans une dynamique insurrectionnelle seule capable de modifier les rapports de pouvoir. Une sorte de revanche des opprimés, des impuissants, des sans-défenses dans laquelle le chasseur devient proie…

Référence :
Se défendre : une philosophie de la violence. E. Dorlin, La Découverte, 2017.

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Publié par Sandrine Tinland

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