Vers des institutions sensibles aux traumas (« traumatized friendly ») ?

Sandrine Tinland le 11 juillet 2019

Auteur : Dr Emmanuel Escard

En raison des conséquences sur la santé physique, psychique et sociale des traumatisations, de la forte prévalence des personnes traumatisées dans la population générale (dont les professionnels) et dans certaines sous-populations à risque (de 30% en moyenne à 90-100%), et des conséquences sur les professionnels et l’organisation du travail, les institutions médico-psycho-socio-judiciaires doivent s’adapter pour devenir « traumatized friendly » et accueillir, soutenir efficacement ces personnes.

Une personne traumatisée ne peut guérir dans une organisation traumatisante ou traumatisée, au contraire, de telles organisations peuvent empirer les problèmes de ces personnes (Bloom, 2005).

Des chercheurs québécois, s’inspirant d’une expérience faite à Philadelphie où le taux de victimisation est très élevé, proposent 4 critères pour reconnaître une organisation sensible au trauma (utilisés par le SAMHSA, Substance abuse and mental health services administration). Cette organisation doit :

  1. réaliser l’ampleur des traumas psychologiques dans la population et leurs impacts sur les personnes qu’elle dessert, mais également sur ses employés
  2. reconnaître la présence de symptômes traumatiques chez les clients, leurs familles et ses employés
  3. répondre aux besoins des personnes traumatisées (après les avoir repérées) en leur offrant des interventions appuyées par des données validées
  4. résister à retraumatiser les personnes traumatisées

Les connaissances actuelles nous invitent à agir autrement et à revoir l’organisation des services. Elles appellent à l’édification collective de lieux protégés où victimes, proches, intervenants mais aussi auteurs de violence traumatisés se sentent acceptés, soutenus, aidés. Cela implique un changement de culture organisationnelle et une autre vision du monde, y compris dans les soins et à l’hôpital, avec une plus grande formation initiale et continue des personnels et des supervisions. Il s’agit aussi de plus s’intéresser aux trajectoires de vie des personnes, et non pas uniquement aux difficultés actuelles, et aux déclencheurs des réactions traumatiques. Il faut aussi ne pas oublier que des réactions d’évitement face aux soins ou services reçus peuvent être une stratégie d’adaptation, une conséquence du traumatisme complexe (perte de confiance aux autres, méfiance, dévalorisation, honte, détachement, désespoir, isolement volontaire, résistance, contrôle…). Le simple fait d’essayer d’établir une relation peut réactiver certains schémas traumatiques et il est important que l’institution interroge ses discours, pratiques, procédures et politiques pour identifier celles qui peuvent déclencher ou maintenir une réaction traumatique. Les formations doivent pouvoir donner aux professionnels le moyen d’assurer aux usagers une sécurité, de la confiance et de la transparence, un soutien, une collaboration et autonomisation, une sensibilité aux différences culturelles et de genre.

Références :
Milot T. In 10ème CIFAS, Montpellier juin 2019. Livre : Trauma complexe. Comprendre, évaluer et intervenir.
Collection d'Enfance, 2019.

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Publié par Sandrine Tinland

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