Violences sexuelles sur les personnes en situation de handicap : un tabou persistant pour des situations complexes

Sandrine Tinland le 15 octobre 2019

Auteur : Dr Emmanuel Escard

Les personnes en situation de handicap représenteraient 15% de la population mondiale. Dans le monde ces personnes sont largement exclues de l’éducation et des services de santé, souffrant de discriminations au sein de leur famille, des écoles et de leur communauté, et devant subir la pauvreté et les violences.

L’ONU (2012) estimait que 4 femmes handicapées sur 5 seraient victimes de violence, l’Agence européenne des droits fondamentaux (2014) 34 %, mais les statistiques restent rares et imprécises.

Les filles et jeunes femmes handicapées subiraient jusqu’à 4 fois plus de violences en général, et 3 fois plus de violences sexuelles par rapport à celles sans handicap. La discrimination liée au genre serait 10 fois plus fréquente, et commencerait très jeune, y compris déjà pendant la grossesse et en période post-natale immédiate. Les violences sexuelles à l’école sont fréquentes dans certains pays. L’handicap augmente aussi le risque de prostitution, de traite à des fins sexuelles, de stérilisation forcée, de mariages précoces forcés…

 Les violences sexuelles peuvent être perpétrées par d’autres personnes handicapées (notamment dans le cadre conjugal où la fréquence est aussi plus grande), des proches, des professionnels ou beaucoup plus rarement des inconnus. Différents facteurs expliquent bien sûr la plus grande vulnérabilité comme les limitations physiques et sensorielles pour voir, entendre venir l’agresseur, se défendre ou s’échapper. Au niveau psychologique, les personnes victimes peuvent ne pas pouvoir dire non ou être désinhibées, être plus facilement manipulables. Par exemple les personnes atteintes du syndrome de Williams et Beuren sont particulièrement à risque car étant très gentilles, affectueuses, cherchant le contact social, sans méfiance. La plus grande dépendance à l’entourage (familial, professionnel, amical) avec une peur de l’abandon, du rejet ou de l’isolement peut aussi empêcher le refus ou la dénonciation des faits. Les environnements clos sont aussi plus propices à ces faits.

 Les agresseurs sexuels savent bien qu’il y a peu de risque qu’ils soient surpris, que la victime parle ou soit crue, qu’ils soient sanctionnés. D’autre part ils peuvent toujours dire que la victime (dite majeure sexuellement) a donné son accord au moment des faits et qu’elle dit le contraire après compte tenu de ses troubles et de son imprévisibilité, ou qu’elle a droit elle-aussi à être aimée et à une sexualité.

Dans certains pays des mythes et préjugés interviennent par rapport aux personnes en situation de handicap, qui seraient issues d’une mère débauchée, pécheresse, maudite, et le viol prenant une signification punitive, d’épuration. A l’inverse, un autre mythe serait qu’un rapport sexuel avec une personne vierge peut guérir les MST, et les jeunes femmes handicapées seraient  particulièrement recherchées à cet effet car considérées comme asexuelles.

Les conséquences des violences sexuelles sont souvent plus importantes (en terme de MST et grossesse) compte tenu d’une autonomie personnelle réduite, d’une éducation sexuelle et reproductive très limitée voire inexistante. Dans certains pays l’accès à la planification familiale et aux services de santé sexuelle et reproductive leur est refusé. 

L’éducation, la prévention, l’accompagnement et la protection des victimes doivent être des priorités auprès des personnes concernées, des familles et des professionnels sur cette question des violences sexuelles. 

Un projet de loi en France en 2018 (de Marlène Schiappa) proposait la nomination au sein des établissements d’accueil d’un « responsable intégrité physique » indépendant, de mieux former tous les professionnels à ces problématiques, de sensibiliser les personnes handicapées en s’appuyant sur la pair-guidance. Certains politiques proposaient même un contrôle gynécologique à l’entrée et annuel pour les femmes en situation de handicap « avec leur consentement »!

Référence:
Rapport UNFPA - Fonds des Nations Unies pour la population.
Femmes et jeunes en situation d'handicap, novembre 2018.

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Publié par Sandrine Tinland

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