Les cyberviolences sexuelles et sexistes chez les jeunes : de nouvelles formes de violences sexuelles et psychologiques ?

Sandrine Tinland le 26 juin 2019

Auteur : Dr Emmanuel Escard

Une enquête française récente sur un grand échantillon de jeunes portant sur la période 2008-2016 a retrouvé que 60% des 12-15 ans ont été confrontés au cyberharcèlement en tant qu’auteurs et/ou victimes (40% d’élèves victimes), et 85% dans le cadre d’un groupe.

Les nouvelles technologies qui font partie du monde et du quotidien des adolescents sont aussi le vecteur de cyberviolences sexuelles et sexistes, entre connaissances, ami-e-s et dans le cadre de relations amoureuses. L’espace virtuel n’est en effet pas du tout neutre en terme de genre. Les premières relations sexuelles ne seraient pas plus précoces pour autant, par contre les adolescent-e-s auraient plus de partenaires qu’auparavant.

Des recherches très récentes (et en cours) en Belgique et au Québec ont permis de dégager les enseignements suivants :

  1. La très grande fréquence de l’exposition des (jeunes) adolescent-e-s à la pornographie par internet : dans un échantillon de 1321 jeunes d’âge moyen 15 ans, 1 fille sur 3 et 8 garçons sur 10
  2. Le sexting qui est la pratique qui consiste à envoyer et échanger des contenus suggestifs ou sexuels concernerait 14,8% des jeunes au niveau de l’envoi, 27,4% au niveau de la réception. Dans 2/3 des cas il a lieu entre partenaires amoureux et dans 78% des cas les filles accepteraient de réaliser des photos ou vidéos sous la pression du partenaire ; dans 12% des cas il y aurait diffusion sans consentement par la suite. Cela constitue l’acte de cyberintimidation ayant le plus d’impact négatif, avec une possibilité de sexting secondaire par des jeunes immatures ne percevant pas les conséquences de leur geste abusif d’extimité. Ceci intervient dans un contexte d’accès précoce aux images choquantes, d’hypersexualisation de la société et de recherche de validation des pairs
  3. La violence psychologique et les attitudes sexistes la favorisant sont en fort lien avec la perpétration du cybercontrôle et la victimisation, la sexualité venant s’inscrire dans ces interactions violentes d’un nouveau genre
  4. Il semblerait que les expériences de cybervictimisation sexuelle ne soient pas nécessairement co-occurentes aux autres expériences de violences sexuelles dans l’enfance et adolescence, les filles avec des antécédents seraient même moins revictimisées en ligne. Cela serait en faveur d’une prévention spécifique de ces cyberviolences.
  5. Le slut shaming qui est l’acte de critiquer, d’insulter une personne en raison de sa tenue, de son maquillage ou de son comportement sexuel, réel ou supposé, est aussi fréquent, 13,7% des jeunes en seraient victimes, très souvent avant 15 ans et 2 fois plus les filles ; 2,8% des jeunes en seraient auteurs, autant les garçons que les filles. Il s’agirait d’une violence genrée et symbolique, d’une violence sexuelle désincarnée atteignant l’intégrité psychologique et le corps des victimes en ligne.

Ceci est à resituer dans la culture adolescente contemporaine qui reste en fait très ancrée dans les stéréotypes et les rôles de genre traditionnels. Et il ne faut pas oublier qu’il existe une association entre l’acceptation du mythe du viol et la propension au viol ou à d’autres formes de coercition sexuelle, et que ces violences débutent fréquemment dès l’adolescence, l’alcool, la psychopathie et le narcissisme jouant un rôle aggravant dans l’affirmation de ces croyances et distorsions à propos des femmes et de la sexualité.

Références : 
Desfachelles M et al ; Fernet M et al ; Glowacz F et al ; Goblet M ; Vanier C et al ; Vanthournout B et al ; Ventéjoux A et al. 
In 10ème CIFAS, Montpellier juin 2019

Partagez cet article

Publié par Sandrine Tinland

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *