Manipulation mentale des patients par les thérapeutes : comment reconnaître le danger ?

Sandrine Tinland le 25 septembre 2017

La très sérieuse Commission interministérielle de vigilance et de lutte contre les phénomènes sectaires (MIVILUDES) a fait paraître en France une brochure précisant comment détecter les dérives sectaires en psychiatrie.

Les professionnels de la santé sont encouragés à être vigilants envers leurs patients qui ont pu être (ou sont) victimes de manipulations mentales dans les soins. Ce phénomène n’est pas rare, loin de là : 25% des signalements faits à la MIVILUDES concerneraient les soins.

Les dérives thérapeutiques sont beaucoup plus fréquentes mais elles ne sont pas forcément sectaires. En France il est estimé à 4 000 le nombre de thérapeutes autoproclamés, 3 000 le nombre de médecins dans des sectes, 1 800 le nombre de formations à risque. L’utilisation d’internet comme outil de propagande développe le phénomène.

La persuasion et l’influence existent forcément dans la relation thérapeutique. Le cadre est dépassé avec de la manipulation quand il s’agit de faire adhérer le patient à des croyances, à un nouveau mode de pensée, en l’endoctrinant progressivement. Par des pressions et techniques, un groupe ou un individu isolé peut amener le patient à une atteinte à son libre arbitre, et celui-ci pourra commettre des actes dommageables contre lui-même, son entourage voire la société. L’auteur de la manipulation utilise des manœuvres de séduction (en donnant des réponses simples à des interrogations complexes), de persuasion (en démolissant les autres aides et proposant le rêve et l’utopie) et de fascination (caractère magique), le patient pouvant finalement lui faire allégeance et sa propagande.

Selon la Miviludes, les 5 bonnes questions à se poser en cas de suspicion de dérive sectaire sont :

  • Le praticien promet-il la résolution de tous les problèmes rencontrés grâce à une méthode « novatrice et révolutionnaire » ?
  • Le praticien qualifie-t-il mon enfant de « spécial » ou d’« exceptionnel » ?
  • Le praticien critique-t-il ce qu’il nomme la « médecine conventionnelle » et le recours aux médicaments ?
  • Le praticien critique-t-il ma famille, mes amis ou encore les services de l’État en charge de la santé ?
  • Le praticien me propose-t-il à moi, ou à d’autres membres de la famille, de suivre également une thérapie avec lui ?

Les solutions « miracle » proposées sont souvent coûteuses, et/ou impliquent des séances nombreuses et rapprochées.

Des conseils pratiques peuvent être donnés pour que les patients s’interrogent et réagissent, face à ces dérives juridiquement condamnables.

Auteur : Dr Emmanuel Escard, médecin responsable UIMPV

Référence :

Dérives sectaires en psychiatrie, Psycom, Paris, décembre 2016.

Publié par Sandrine Tinland

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *